Well… Wesh Wōstinna ? It is la Gâtine !

@ChallenzeAZ2019 collaboratif #Généa79
Cette année, dans le cadre du challengeAZ collaboratif de Généa79, pour évoquer un lieu, un endroit des Deux-Sèvres, j’ai hérité de la lettre W … Well, well, well ! No worry. Qu’à cela ne tienne…
Wesh Wōstinna ? Well, it is la Gâtine !

Wōstinna, c’est comme ça que les Francs Saliens appelaient certainement mon pays maternel, celui que j’ai vissé au coeur : la Gâtine poitevine. Wōstinna, c’est l’origine étymologique du mot Gâtine, ce pays qui couvre le tiers du département des Deux-sèvres, en Haut-Poitou sous l’Ancien Régime, désormais inclus dans la région Nouvelle Aquitaine.

© Gallica BnF – carte du Poitou et de ses élections

Cela rejoint la signification que nous donnions à ce territoire, celle de terres gâtées, peu faciles voire impropres à la culture, Wōstinna voulant dire désert en vieux francique utilisé par les Francs Saliens. Alors, pour leur rendre hommage, mais aussi aux Maures qui sont allés jusqu’à Poitiers, en 732 et sont donc passés très certainement par la Gâtine poitevine et aux Anglois qui s’y sont arrêtés de nombreuses décennies – nous avons aussi hérité de quelques mots arabes et anglais dans notre patois – je dis Wesh Wōstinna ? Well…It is la Gâtine !

Wōstinna ? Combien d’hectares ?

– Quelle est l’étendue de la Gâtine ? demande en 1806 le futur Baron Claude Dupin, nouveau préfet des Deux-Sèvres au sous-préfet de l’arrondissement de Parthenay.
– Heu, pffff… je n’en sais fichtre rien, Monsieur le Préfet !
lui répond Monsieur Charbonneaux ou quelque chose de plus policé mais dans le même genre.

Le préfet, qui avait commis quelques années plus tôt, en 1801 et 1802, ses Statistiques du département des Deux-Sèvres, avait quand même sa petite idée : dans le département, il y a la Plaine, le Marais et la Gâtine. Et pour lui, la Gâtine est un petit pays dont la capitale est Parthenay.

Au moins les fondamentaux sont respectés.

Mais le sous-préfet Charbonneaux décide de faire l’enquête demandée en fouillant dans tous les textes à disposition – y compris les plus anciens comme La coutume du Poitou, ou les plus récents comme Les cahiers de doléances des communes en 1789 – dont les conclusions sont livrées, par la plume de Pierre Arches, dans le bulletin n°2 de la Société historique de Parthenay et du Pays de Gâtine (2006).


Les voici.

La Gâtine correspond aux communes situées dans le Bocage et séparées de la Plaine parce qu’il s’agit d’une réponse « sur laquelle on s’accorde assez chez tous les habitants ». […] Pour chaque paroisse la qualité de la terre est bien précisée. Elle permet de localiser le passage d’un milieu naturel à l’autre. Ainsi Rouvre est « encore en Plaine mais Saint-Lin est de la parfaite Gâtine ». En revanche Saint-Denis « termine le pays appelé Plaine et commence celui qu’on nomme Gastine ou Couvert ». […].

Plusieurs historiens et géographes ont tenté d’identifier depuis des décennies le territoire que recouvrait exactement la Gâtine.

© bulletin n°2 – Société historique de Parthenay et du Pays de Gâtine

La palme de la tolérance géographique revient au Docteur Louis Merle, dans les années cinquante, qui lui donne une surface incroyablement étendue, et des frontières allant au-delà de Bressuire avec une grande incursion vendéenne. Les contours retenus par Bélisaire Ledain en 1858 et Robert Bobin en 1926 semblent plus modestes et plus similaires entre eux, même s’ils peuvent étonner les Gâtineaux.

Pierre Arches raconte aussi dans son article les méthodes retenues par les uns et les autres pour définir la Gâtine, ce qu’est un Pays. Au-delà des considérations géographiques, géologiques ou administratives, il s’agit aussi et surtout de prendre en compte l’être humain pour mieux comprendre.

Robert Bobin retient ainsi cinq critères : la frontière administrative, le modelé du relief, le paysage, le folklore, l’élevage. Et celui qui lui apparaît le plus certain est que la Gâtine prend fin « là où on cesse d’être fidèle à la vache gâtinelle par excellence, la vache parthenaise. »

Louis Merle, plus proche de nous, qui a étudié la Gâtine sur plus de trois siècles, estime que le bocage s’est étendu sous l’influence humaine : création des métairies, apparition des haies… avec les méthodes culturales et les usages locaux. Ces conclusions expliquent l’incroyable surface qu’il donne à la Gâtine. Pour lui, celle-ci cesserait «là où l’entrée en jouissance des métayers n’est plus le 29 septembre, jour de la Saint Michel, liée au type de culture (seigle).»

Encore aujourd’hui, on discute des contours du pays de gâtine, à travers les siècles, c’est dire que ce pays est spécial ! Car, toujours dans le bulletin n°2 de la Société historique de Parthenay et du pays de Gâtine, Gilbert Favreau rappelle qu’en 1976, date de la création du Pays de Gâtine, il faisait 1383 km2 pour 57533 habitants et que 30 ans plus tard, en 2006, il compte 1950 km2 et 75662 habitants.

Et même depuis cette création du Pays de Gâtine, on trouve encore des délimitations différentes comme sur le site de Osez la Gâtine (j’avoue que je suis fan du titre !) où Clessé est situé hors Gâtine contrairement à la carte du guide touristique Pays de Gâtine d’Aurélie Chupin où la commune est à l’intérieur des frontières gâtinelles.

En 1980, Michel Bernier qui rédige le chapitre sur la Gâtine dans l’ouvrage collectif Deux-Sèvres aujourd’hui – Étude géographique a peut-être le mot de la fin en rejoignant les conclusions du Préfet Dupin.

La Gâtine constitue une région homogène dans ses aspects naturels, humains et économiques avec une capitale incontestée, Parthenay.

Voilà.

Wostinna, la terre du milieu… … de la terre du milieu© Villages de France
La région du Poitou au XVIIIe siècle et aujourd’hui – © oieblanche


« La Terre du Milieu n’est pas […] de ma propre invention. C’est une modernisation, ou une altération […] d’un terme ancien désignant le monde habité par les Hommes, […] milieu parce qu’elle est vaguement figurée comme placée entre les Mers encerclantes et (dans l’imagination du Nord) entre la glace au nord et le feu au sud. […]
De nombreux critiques semblent croire que la Terre du Milieu est une autre planète ! »
John Ronald Reuel Tolkien (1892-1973)

A la Révolution, l’Assemblée nationale constituante décide de la nouvelle organisation administrative de la France. Les Deux-Sèvres naissent… par défaut. Initialement, seuls la Vendée et la Vienne reprenaient les contours de l’ancien Poitou. Devant les protestations, notamment celle de la ville de Niort, un 3e département est créé le 4 mars 1790 et nommé dans un premier temps… le département intermédiaire du Poitou ! Si, Si!

Les villes de Saint-Maixent, Niort et Parthenay se sont disputés ensuite le titre de chef-lieu. Là encore, dans un premier temps, il fut décidé qu’elles le seraient à tour de rôle. Puis, Parthenay, centre géographique du département, notre capitale de la Gâtine, fut élue selon le vote du 7 juin 1790, chef lieu pérenne avec 18 voix contre 8 pour Niort et 5 pour Saint-Maixent. Mais las ! L’Assemblée constituante ignora ce vote et fixa d’elle-même par décret du 16 septembre 1790, Niort comme chef lieu du département.

Conclusion de tout ce méli-mélo politico-administratif :

Le département des Deux-Sèvres, entre Vendée et Vienne, géographiquement n’avait aucune unité. Il était formé de pays différents, se rattachant en réalité à des régions opposées.(1)

Pour Jacques Péret, au XVIIIe siècle,

La Gâtine est pourtant, déjà, un espace cohérent, homogène, doté de sa ville-capitale Parthenay, composé d’environ 80 paroisses, s’opposant fortement aux pays voisins – les plaines du nord et du Sud, surtout – réunies par les paysages – l’herbe, la haie, le relief hâché par les vallées – l’économie – un pays d’abord d’élevage, du seigle où la pluriactivité est la règle – le cadre de la métairie et du métayage, mais aussi une société rurale relativement homogène tout comme sa culture qui reste très traditionnelle.

Centre géographique du département, la Gâtine n’en est cependant pas le centre administratif.

Entre les plaines de Thouars, celles de Saint-Maixent, les bocages bressuirais et vendéen, elle s’affirme comme un pays – originellement pauvre au vu de son nom – labyrinthique, fait d’eaux, de collines, de coteaux, de forêts, de terres ornées de haies naturelles, parsemées de chirons et fermées par des barrières en bois. Ses particularités géologiques, en prolongement du massif armoricain, ont certainement aussi créé des spécificités sociologiques : un certain repli sur soi, peu de contacts avec les voisins, mais le sens de la débrouille et le développement d’une société à part, autarcique.

© Philippe Boussion – @Jett1oeil

Dans le bulletin 16 de l’année 1967 de La Société Historique et Archéologique – Les amis de antiquités de Parthenay, en hommage à Georges Picard, on peut lire des extraits de Histoire du département des Deux-Sèvres – imprimé en 1927 et très certainement inspiré par les écrits, peu amènes envers nos ancêtres gâtineaux, plus de cent ans plus tôt, de notre premier Préfet, le baron Claude Dupin.

Les hommes des Gâtines y sont décrits comme froids et entêtés, fanatiques et silencieux par opposition aux habitants des Plaines, plus expansifs, aux idées plus libérales, attachés profondément à la terre et lui ayant voué leur vie.

Les Gâtineaux entêtés, fanatiques, silencieux ? Non, ils sont persévérants ou opiniâtres pour avoir vaincu les difficultés de la terre, observateurs et psychologues pour savoir exactement à qui ils ont affaire, passionnés et créatifs pour avoir pu, par exemple, organisé les spectacles de la Geste paysanne, réfléchis et méfiants pour avoir mis du temps avant d’accepter le touriste ! Et leurs terres… ils y ont autant – voire plus, vu la qualité des terres – voué leur vie que ceux des Plaines, apparemment, cela se voyait moins. Mais les deux traits principaux à mon avis sont surtout, surtout un sens poétique de l’humour et de la dérision très aiguisé et le goût de la controverse, de la dispute (la discussion, l’échange, quoi… plus ou moins calme !)

L’âme gâtinelle, quoi.

Georges Picard, le 31 mars 1930, dans une conférence donnée à Parthenay et intitulée L’âme de la Gâtine, dit de cette dernière qu’elle est faite à la fois de beauté, de mélancolie et même de tristesse, d’harmonie surtout enfin et dont il ne peut détacher la sienne. Comme moi.

Epilogue
Le mot de la fin pour le Baron Dupin, car seuls les imbéciles ne changent pas d’avis

Quand tous ces arbres déploient leur feuillage, quand tous ces arbustes sont en fleurs, l’œil est ravi, l’air est embaumé. Tout chemin est un chemin de verdure. Le sol est doucement tourmenté par des coteaux que l’on gravit sans peine, par des vallons qu’arrose une eau limpide. Ici, c’est un champ de genets dorés ; plus loin un champ de sarrasin étalant son tapis de neige ; à chaque pas, un parfum nouveau ; de vastes landes sont stériles mais la bruyère violette les anime ; il n’y a pas jusqu’à l’ajonc qui, cachant son épine sous une fleur jaune sèche contre l’immortelle, n’ajoute encore un charme au tableau. On est seul, on n’aperçoit pas la figure humaine ; mais on entend les chants mélancoliques des bergères et des laboureurs qui araudent leurs brebis et leurs bœufs.

Claude Dupin, 1821 – conférence donnée à Paris