Q comme Quitter la Gâtine #ChallenzeAZ 2018 collectif #Gâtine #Généa79

Si, durant les siècles précédents, voyager et bouger pour trouver du travail a bien existé, les moyens de transports n’étant ce qu’ils sont aujourd’hui, les déplacements pouvaient rester cependant limités et les destinations peu lointaines. C’est le cas de mes ancêtres gâtineaux, ceux de ma mère. Ils se sont rarement aventurés très loin, et métayers ou meuniers, ils ne le faisaient que pour trouver la métairie ou le moulin à exploiter. Ils naissaient, se mariaient, vivaient, décédaient, majoritairement au même endroit ou dans un rayon restreint autour de leur village natal.

Plusieurs, cependant, ont tenté une autre aventure. Parfois, pour mieux revenir, d’ailleurs.

La Révolution a soufflé un vent nouveau, y compris en Gâtine, au début du XIXe siècle.
Magdelaine Couturier, mon aïeule, native de Verruyes au Sud de la Gâtine, est allée gagner son pain comme fille de confiance, à Dompierre près de La Rochelle, au service d’une noble dame du Poitou, qui avait échappé aux affres de la période révolutionnaire.
Née en 1812, Magdelaine a tout juste vingt trois ans quand elle bénéficie d’une rente à vie (lettre R comme Rente du ChallengeAZ collaboratif dédié à la Gâtine).
Elle fait venir près d’elle Jacques et Louis Goudeau, ses cousins issus issus de germains. Elle épousera Jacques à Dompierre-sur-Mer, deux premiers enfants y naîtront. Mais le couple, très certainement grâce à la rente à vie de Magdelaine, reviendra en Gâtine, à Verruyes. En 1892, Magdelaine décédera là où elle est née, à Verruyes.

La petite fille de Magdelaine et Jacques, Louise, épousera quelques années plus tard, Célestin Babin. Un des oncles de Célestin, Pierre Babin, quitte lui, non seulement la Gâtine, mais abandonne aussi le métier de la terre. Né en 1833 à Verruyes, toujours, il est l’ainé de la fratrie. Ses parents, Pierre et Modeste Texier, se sont mariés contre l’avis des parents de Modeste et ont eu neuf enfants, dont plusieurs n’ont pas atteint l’âge adulte.
Pierre quitte son Verruyes natal pour s’établir à Poitiers, dans la Vienne.
Certes, ce n’est pas très loin mais c’est déjà une grande ville et son métier n’est plus métayer, bordier, cultivateur, journalier ou encore meunier mais désormais employé d’octroi, douanier en quelque sorte.
C’est la profession inscrite sur son acte de mariage avec Julie Augustine Beleaud en 1861, une cuisinière dont le père est décédé à Paris mais dont la mère habite… en Gâtine, à Parthenay. Pierre s’installera définitivement à Poitiers et y décèdera en 1890, une heure seulement après sa mère à Verruyes.

L’appel de la ville commence à se faire sentir pour les jeunes générations en cette fin de siècle et en ce début du XXe.

Les jeunes Babin auront plus la bougeotte, et l’administration leur fera des appels du pied auxquels répondront certains. C’est le cas d’un neveu de Pierre, François Augustin Babin, mon arrière grand oncle, le frère aîné de mon arrière grand-père, resté lui à Verruyes. Né en 1863, François Augustin devient brigadier des eaux et forêts près de Niort, « ce qui n’était pas rien déjà » comme on dit chez nous.

Mais c’est son fils Léon Émile, qui a laissé, de ce côté-ci de la famille, un très grand souvenir.

Léon Émile Babin, né en 1891 à Mazières-en-Gâtine, à trois kilomètres de Verruyes, est décédé en 1976 à Orléans où il s’est marié tardivement en 1936.
Engagé volontaire pour trois ans en 1910, comme soldat 2e classe, il devient caporal six mois après, et sergent moins d’un an plus tard. Il rempile en 1912 et est aspirant-lieutenant lorsque la guerre éclate en 1914.
Sa fiche militaire se compose de pas moins de quatre feuillets rédigés d’une écriture serrée et, si ses faits d’armes pendant la Guerre mériteront qu’on s’y attarde dans des articles à venir, ce n’est pas ce qui a été retenu dans la mémoire familiale mais plutôt
l’opportunité de voyages dans le monde entier.
La paix revenue, il est resté dans l’Armée et y a fait une belle carrière. Ses cartes postales, envoyées après la guerre, religieusement conservées, proviennent en particulier du Maroc, mais aussi de Syrie comme celle-ci, ce qui devait laisser rêveuse l’ensemble de la famille.
Le capitaine Babin a apparemment fait partie aussi du renseignement français… ce qui explique tous ses voyages.

Si, du côté de ma grand mère Marie-Louise Babin, certains membres de la famille ont quitté la Gâtine, celui qui, paradoxalement n’a laissé aucun souvenir, est celui qui peut-être est allé le plus loin : le grand-oncle de mon grand père Denis Niveault, Alexandre Robin.

Dernier d’une famille de sept enfants, il est né en 1856, à la Gauffraire de Verruyes et rien ne le prédestinait… sauf lui-même, à quitter son pays et le métier de la terre.
Près de trente ans avant Léon Émile Babin et quarante ans avant le début de la Grande Guerre, Alexandre s’engage volontairement en 1877 dans le 18ème bataillon de chasseurs à pied de Tours. En 1880, il demande à partir aux colonies en tant que surveillant militaire. Il partira quelques mois plus tard en Nouvelle-Calédonie où il passera plusieurs années. En 1891, il rejoint Cayenne, en Guyane et y fait venir sa femme qui donnera naissance à leur premier fils, Gérald. Alexandre décédera à l’hôpital militaire de Marseille, en 1897, loin de sa Gâtine natale, laissant une veuve de vingt cinq ans, et deux enfants de cinq ans et un an.
Il n’existait qu’une petite trace indirecte d’Alexandre, la carte de communiant de son fils Gérald, envoyée par son épouse Marie-Antoinette à mon arrière grand-mère Marcelline.
Cette carte de communiant m’a menée aux Archives d’Outre-mer à Aix-en-Provence, où j’ai pu découvrir la majeure partie de sa vie. Raconter son histoire est à venir.

En ces jours de célébration du centenaire de la paix revenue, je ne peux pas oublier tous les soldats de la Grande guerre, pour la plus grande partie des paysans, qu’ils soient de Gâtine ou pas, partis loin de chez eux, de force. Parfois, avec l’espoir de découvrir autre chose, de vérifier si l’armée ne pouvait pas être une vie possible, un « métier » comme ils l’écrivent à leurs familles.
Si ceux qui sont revenus ne sont pas devenus militaires, beaucoup ont quitté cependant la vie de la terre, sont partis à la ville, sont devenus conducteur de tramway, cheminot, directeur d’entreprise…

Aujourd’hui, les descendants de mes grands-parents maternels sont encore, pour certains d’entre eux, des Gâtineaux. D’autres vivent au-delà de la Gâtine, dans les Deux-Sèvres, aux États-Unis, dans le sud de la France ou encore la région parisienne bien entendu.

Mais la Gâtine, de temps à autre, les appelle, et ils viennent la voir.