Evron, Sarthe, 24 mai 1903 – Qui est le premier communiant Gérald Robin ?

Parler de généalogie avec ma mère, dont la mémoire est impressionnante ceci dit en passant, me conduit inévitablement à descendre de l’arbre… jamais à le remonter ! Savoir que tel ou telle ancêtre était ceci ou cela ne l’intéresse que rarement. Mais savoir qui était un tel ou une telle par rapport à nous, comme on dit… alors ça oui ! Et généralement il s’agit de quelqu’un qui n’est pas dans l’arbre … Et me voilà immanquablement à reconstituer des familles entières à la fin du XIXe et début du XXe siècle en retrouvant les enfants, les petits enfants etc… bref, à rechercher des collatéraux à la pelle ! Nous avons ainsi pu identifier qui étaient ceux qu’elles connaissaient sous leurs surnoms de Francet ou Jaunet…. Dans l’entrée de sa maison, elle a aussi mis sous cadre de vieilles photos et la carte de première communion d’un certain Gérald Robin adressée à Marceline Dutin, sa grand-mère paternelle, en 1903.

Cela fait plusieurs fois qu’elle me somme de trouver qui était ce Gérald Robin… sans succès… jusqu’à aujourd’hui ! Je savais de quel côté chercher : si Gérald s’appelle Robin, c’est qu’il doit être de la famille de Louise Améline Robin, la mère de Marceline, ce que semble aussi prouver l’envoi de la carte de première communion à Marceline.

Mais quel est le lien entre Gérald et Marceline ? Et je prends mon baluchon généalogique pour chercher…

Après examen de la carte, je note les éléments qu’elle contient : première communion, par conséquent, un enfant d’une dizaine d’années qui serait donc né vers 1890-1895 en comptant large. Une carte imprimée à Evron dans la Sarthe par La palette d’or, et datée du 24 mai 1903.

Je cherche du côté de Verruyes, dans les Deux-Sèvres, d’où est originaire la famille des Robin. rien. Aucun Gérald Robin. Je cherche même aux alentours…rien.

Je cherche dans la Sarthe, à Evron. Rien. Au Mans. rien. je regarde quelles sont les communes aux alentours d’Evron. Je regarde. Rien. J’abandonne. Comment savoir dans quelle commune serait né ce mystérieux Gérald Robin avec aussi peu d’indices ? Les archives religieuses ne sont pas accessibles via internet, de plus. J’abandonne. Pas ma mère. Qui me demande encore ces jours ci si je ne sais toujours pas qui est Gérald Robin. Que ça, ça l’intéresse vraiment.

Cette semaine, je me remets donc à l’ouvrage du côté des Robin, en vérifiant ou j’en étais de mes recherches. Je reprends à la source, Louise Améline, dont j’avais tous les éléments depuis mes débuts en généalogie. Née en 1853, mariée en 1875 deux mois avant la naissance de son premier enfant, mon arrière grand mère Marcelline, elle décède à l’âge de vingt six ans seulement, en 1880, laissant deux petites filles, Marcelline, 5 ans, et Germaine, 2 ans. Son mari, Louis Dutin, se remarie en 1882 avec Victoire Émilienne Nivault, et ils seront les parents notamment de Louis Victorien Dutin, le parrain et oncle de Denis, mon grand-père.

Bref, comment en décédant aussi jeune, Louise Ameline Robin a-t-elle pu rendre aussi persistants des liens familiaux ? J’en arrive même à douter que Gérald est bien à chercher de ce côté ci ! Mais n’ayant pas d’autre piste…

Je complète les sources des actes concernant les parents de Louise Améline, je les retranscris et surtout, pour certains, je les relis. J’ai déjà inscrit depuis plusieurs années quatre frères, dont je ne sais rien pour deux d’entre eux. Mais je suis méticuleuse et je m’attaque aux parents en me disant que je vérifierai la fratrie plus tard et la complèterai pour être certaine d’avoir toutes les informations. L’intuition est que Gérald pourrait être un neveu de Louise Améline.

Louis Robin, son père est né en 1812, se marie avec Louise Bichon en 1841 et décède en 1844 sans vraiment avoir quitté sa Gâtine natale, voire Verruyes, et plus précisément La Gauffraire de Verruyes. Sauf pour son mariage qui a eu lieu à Clavé.

Louise, son épouse, est d’une famille plus voyageuse, car d’une famille de journaliers. Elle est née à Saint Germier, son père est même né dans la Vienne au hasard très certainement des engagements de ses parents. Je reprends l’acte de décès de Louise en 1895 à Verruyes et là…

Un détail me saute enfin aux yeux : les déclarants sont deux de ses fils, déjà notés dans l’arbre mais la profession de l’un d’eux est étonnante. Alexandre, 39 ans, fils de Louis Robin et Louise Bichon et jeune frère de Louise Améline, est surveillant militaire en Guyane, Amérique du Sud.

Subodorant fortement désormais que Gérald pourrait être le fils d’Alexandre, je tire tous les fils généalogiques en une journée. Je recherche l’acte de naissance d’Alexandre… Facile, il est né à La Gauffraire à Verruyes. Au vu de sa profession, et avec sa date de naissance, je recherche spontanément sa fiche militaire.

Alexandre a fait cinq ans de service en devançant l’activité apparemment, et sa fiche ajoute qu’en 1882 il serait allé en Nouvelle-Calédonie en tant que surveillant militaire de troisième classe. il y a aussi beaucoup de ratures sur cette fiche, notamment une mention de non disponibilité et une autre le présentant comme insoumis. Beaucoup de choses à vérifier, en somme. La mention de son décès aussi y figure. À Marseille, à l’hôpital militaire, le 30 Juin 1897.

Je cherche sur le site des archives départementales des Bouches du Rhône mais je ne comprends pas très bien le fonctionnement et j’abandonne en me disant que je vais trouver la retranscription de son décès à Verruyes, sa commune de naissance. En 1897, je ne trouve rien à Verruyes. Je laisse de côté.

Était-il marié ? Pour que Gérald soit son fils, il faut que cet enfant ait une mère. Facile, je recherche sur Filae… Alexandre s’est marié en 1891 à Parthenay, dans les Deux-Sevres, à l’âge de 35 ans, avec Marie Antoinette Frayard, qui n’a que 19 ans. Il devient désormais possible que Gérald soit leur fils. Sur Filae, l’acte de décès d’Alexandre y figure aussi et à été retranscrit à Verruyes comme je le pressentais, non pas en 1897 mais près d’un an après, en 1898.

Je tente ensuite pour la première fois les recherches sur Anom… je navigue pour comprendre comment fonctionne le site, ce que je peux y trouver et je me lance… tables décennales de naissance à Cayenne. Et je trouve Gérald.

Il est né à l’hôpital militaire de Cayenne le 28 juillet 1892, et est déclaré officiellement par son père, Alexandre près d’un mois après. Gérald porte aussi les prénoms de ses grands pères, Louis et Nicolas. Sa mère, Marie Antoinette, n’a que vingt ans à sa naissance.

Gérald est le cousin germain de mon arrière grand-mère, Marcelline Dutin, fille de Louise Améline Robin. Il a fait sa première communion à Evron, dans la Sarthe, le 24 mai 1903 et sa mère, Marie-Antoinette Frayard, veuve d’Alexandre Robin, a pris le soin d’adresser à sa nièce par alliance, Marcelline Dutin, épouse d’Auguste Nivault, une carte commémorant l’événement. Ma mère est contente d’enfin savoir.

Qu’est devenu Gérald ? A-il fait la Grande Guerre ? Qu’est devenue Marie-Antoinette, jeune veuve de vingt cinq ans ? S’est-elle remariée ? Que faisait elle avec son fils à Evron ? Quelle fut sa vie et celle de son mari Alexandre en Guyane à la fin du XIXe siècle ? Alexandre a-t-il pu croiser le Capitaine Dreyfus, envoyé sur l’île du diable en mars 1895 ? Pourquoi était-il à Verruyes en avril 1895 au moment du décès de sa mère Louise Bichon ? Quelle fut sa vie de surveillant militaire aussi en Nouvelle-Calédonie ? De quoi est il mort à Marseille en 1897 à l’âge de quarante et un ans ? … l’enquête continue !

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